La grande histoire du sourire dans l’art

Le sourire s’est longtemps fait rare dans la grande histoire du portrait. Il suffit de se balader dans n’importe quel musée pour le constater. Le plus ancien, particulièrement pétillant, s’observe au Louvre sur la statue de Ebih-II (-2400 av JC) gouverneur de Mésopotamie. On retrouvera des expressions souriantes sur des statues de pharaons ou d’Etrusques, sur celle de Bouddha également… A partir du Vème après JC, l’art chrétien se détourne du sourire, lequel ne réapparaîtra dans l’art gothique qu’au… XIIIème siècle ! Les portails des cathédrales s’ornent alors d’anges souriants, côtoyant parfois des humains aux sourires séducteurs et trompeurs. Cette méfiance de l’église à l’égard du sourire va conditionner l’art des siècles à venir.

A la Renaissance, le sourire fait son entrée en peinture, mais sous haute surveillance. La bienséance exige, en effet, la maîtrise absolu du corps, donc des orifices, surtout la bouche. N’est-elle pas le siège des plaisirs et du pêché originel ? La fugacité du sourire rend délicate sa représentation par l’artiste. Certains s’y essayent pourtant, dont Léonard de Vinci avec son portrait de la Mona Lisa. Il veillera, cependant, à ne pas la faire sourire la bouche ouverte afin de ne pas en faire une prostitué aux yeux du public. Jusqu’à la deuxième moitié du XVIIIème siècle, le sourire denté n’est, en effet, réservé qu’aux prostitués, indigents, ivrognes ou amuseurs. Bien des artistes hollandais, dont Frans Hals, peindront la faune ripaillante d’obscures tavernes arborant des sourires enjoués et canailles.

Le Siècle des Lumières va constituer un tournant. L’apparition des dentistes en France et l’importance donnée à l’expression des sentiments encourage le sourire sur les portraits. Voltaire sourit, même le roi Louis XV a un aimable sourire aux lèvres ! L’artiste Vigée Le Brun ira plus loin. Dans La tendresse maternelle (en 1787), elle se peint avec sa fille souriant délicatement, la bouche ouverte sur ses dents blanches !

Le sourire denté ne revient en France après la Révolution françaisequ’avec… les Impressionnistes : Un sourire naïf, tendre, nonchalant, sensuel, parfois suggéré. Cependant, il faut attendre le début du XXème siècle pour qu’une femme de la bonne société apparaisse avec un grand sourire décomplexé. Comme dans la « Jeune femme à la balustrade » de Van Dongen. La photographie qui, par essence, capte l’instantané, va créer un bouleversement certain, rendant plus rares les portraits peints. Mais c’est Hollywood qui popularise le sourires, notamment à travers le sourire de Marilyn Monroe… Réalisé en 1962 par Andy Warhol à partir d’une photo, le « Marilyn Diptych » représente le sourire éclatant, symbole de séduction, de jeunesse, de santé. Ce sourire « hollywoodien » s’imposera au reste du monde comme l’« expression désormais normative de la vie sociale ».